Le pouvoir du crowdsourcing

Le Crowdsourcing au service de la transparence publique

Le crowdsourcing ou production participative est une des possibilités souvent utilisées dans la création de ressources en Open Data. Cela consiste à réaliser grâce à la collaboration d’un grand nombre de personnes plusieurs tâches qu’il serait difficile de réaliser autrement sans engager des ressources importantes (humaines et techniques notamment), comme la réalisation des cartes ouvertes.

Une ouverture de donnée pour plus de transparence publique

Les lois permettant de mettre en place plus de transparence dans les activités publiques des élus de la République sont longues à être décidées et mises en place causant ainsi du mal à la démocratie. La population alertée régulièrement par des articles de presse remarque que de nombreux élus participent à la production du malaise envers la classe politique en cachant des rencontres avec certaines personnalités et lobbyistes ou en employant des personnes de leur entourage direct. De plus les sommes alloués aux frais de fonctionnement des élus étaient versés sans demande de justificatif, ce qui fait partie des éléments remis en cause dans la loi en train d’être écrite sur la « Moralisation de la vie publique ». Pour aider la mise en place davantage de transparence dans la vie publique, des associations veillent à la mise en place d’outils permettant de mettre en open data certaines données. En 2014, l’association Regards Citoyens fait un appel pour que les citoyens traitent manuellement les déclarations d’intérêts remplis par les 920 parlementaires.

Création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)

La Haute Autorité créée en 2014 à la suite de l’affaire de fraude fiscale du ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, Jérôme Cahuzac. Celle-ci à la charge de recevoir, contrôler, avec l’administration fiscale, et publier les déclarations de situation patrimoniale et les déclarations d’intérêts de certains élus, membres du gouvernement, collaborateurs et dirigeants d’organismes publics. L’HATVP a aussi un devoir de conseils envers les élus qui le désirent en répondant aux questions de déontologie et de conflit d’intérêts relatifs à l’exercice de leur fonction. L’HATVP faisant partie des Autorités Administratives Indépendantes (AAI), elle peut faire le choix de faire d’émettre des recommandations si elle l’estime nécessaire.

Lobbyng associatif pour plus de transparence

Suite à la création de cette nouvelle autorité, l’ensemble des parlementaires a dû faire leur déclaration d’intérêts et les mettre à disposition. L’ensemble des dépositions ont donc été faites sur papier puis scannées et laissées en accès libre. Pour pouvoir rendre utilisable l’ensemble de ces données non informatisées, Regard Citoyen a lancé un appel auquel ont répondus près de 8000 personnes pour lire chacune des déclarations et pouvoir les remettre à disposition au grand public, dans des formats ne nécessitant pas l’achat de logiciels propriétaires. Résultat : En une semaine les bénévoles ont réussi à créer une base de données ouverte, permettant de créer de l’information participant à la transparence de la vie publique. Voici quelques exemples de ces constatations :

Dans le premier exemple sont consignés les informations que les parlementaires ont remplies :

stats-neant.png

Le second tableau s’intéresse lui au nombre de collaborateurs des parlementaires et a permis la création d’un annuaire des 3000 personnes ayant (en 2014) le statut d’assistant parlementaire.

stats-collaborateurs.png

L’ensemble des lois de transparence ont pour but de rapprocher les citoyens de leurs élus en mettant à la lumière certains éléments comme des conflits d’intérêts entre les activités publiques et privées.

Actions contre la corruption

Ce type d’avancement inscrit dans la loi doit permettre à terme la réduction des risques de corruption. L’ONG Transparency International publie chaque année son indice de perception de la corruption. Celui-ci est établi en agrégeant des données d’enquêtes collectées par 12 institutions indépendantes, telles que la Banque mondiale ou encore le Forum Économique Mondial. Pour l’année 2016, la France était classée à la 23e position dans ce classement. Pour rendre cette donnée plus palpable, Transparency International France a créé une carte de France où elle fait apparaître l’ensemble des décisions de justice liées à la corruption, identifiées par des bénévoles à partir de la presse, par manque de base publique.
Cette carte est accessible sur https://www.visualiserlacorruption.fr/.

Carte de corruption Bretagne.png

Exemple des informations répertoriées sur cette carte collaborative :

En cliquant sur un point près de Rennes, l’on obtient par exemple la condamnation du laboratoire Biorance, pour « le versement de commissions et pots-de-vin à une trentaine d’infirmières libérales, pour que ces dernières adressent prioritairement leurs patients dans ses laboratoires d’analyses médicales depuis 2007 ». Figure sur chaque fiche une description succincte avec les principaux faits reprochés, date de condamnation, date et lieu, montant du préjudice, etc. ainsi que les références de ces informations.

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Les systèmes de cartographie en Open Data

La cartographie Open Street Map

Le projet OpenStreetData est un exemple parfait de ce que l’on peut faire à partir de l’Open Data, notamment car c’est un projet concret réunissant le monde de l’open source en partie initiateur de l’open data moderne. Ce projet réunit à la fois de nombreux contributeurs particuliers, associations et des entreprises. OpenStreetMap est utilisé chaque jour par des millions de personnes grâce à la mise à disposition gratuitement de nombreux fonds de cartes adaptés à différentes situations spécifiques (cartes topographiques, cartes à fort contraste pour faciliter les impressions…)

Les fonds de carte

OpenStreetMap est riche de par son modèle ouvert permettant la création de fonds de carte sans cesse amélioré par une communauté riche définie par différents acteurs très différents, composé entre autres d’associations, d’écoles, de particuliers et d’entreprises, qui vont pouvoir être utilisateurs ET contributeurs d’open streep map. Un fond de carte est la carte « neutre » sur laquelle vont être ensuite superposées les données à afficher. Selon des besoins très différents, l’on va avoir besoin de cartes très différentes avec la mise en valeur de certains éléments plutôt que d’autres, le fond de carte n’étant qu’une des représentations de la réalité. Certains vont avoir besoin de cartes avec images satellites quand d’autres préféreront des cartes avec moins de détails permettant de mieux se déplacer. D’autres fonds affichent la topographie des terrains, la profondeur des océans, certains points d’intérêts comme les stations-service. OpenStreetMap (OSM) est un projet intéressant, car chaque contributeur peut apporter son aide dans la constitution de fonds de carte ouverte à l’ensemble de la communauté et qui pourra ensuite être réutilisée et remodifiée. Ces modifications entrent dans un processus complexe de vérification permettant aux cartes de rester utilisable face à certains contributeurs qui pourraient volontairement ou involontairement ajouter de fausses informations. Une partie des fonds de carte utilisés par OSM provient directement de la contribution de l’État via le cadastre mis à disposition par la DGFiP sur cadastre.gouv.fr.

Les données à saisir

Exemple sur le territoire rennais : OSM35
L’association locale rennaise organise régulièrement des Hackatons dans le but d’enrichir les cartes thématiques créées depuis plusieurs années. La participation des nombreux bénévoles permet d’enrichir les données des cartes et de les rendre les plus utiles possible pour l’ensemble de la communauté. On parle de cartes construites POUR et PAR ses contributeurs, au service du plus grand nombre et réutilisables, car le projet reste sur la licence ODbL, licence qui impose un partage à l’identique avec la mention obligatoire d’attribution « les contributeurs d’OpenStreetMap sous licence ODbL ».

Les projets OSM35

Open Street Map 35 travail en partenariat avec plusieurs autres associations dans et hors la MCE (Maison de la Consommation et de l’Environnement, située à Rennes) sur un important projet qui se nomme la « Carte Ouverte » sur laquelle se situe un fond de carte OSM auquel l’on ajoute plusieurs catégories à afficher. Toutes les indications ont pour point commun de mettre en avant les initiatives locales pour permettre la réduction de l’empreinte écologique sur les territoires du pays de Rennes et de l’agglomération vitréenne. Un des objectifs secondaires est également de faire connaître les logiciels libres à de nouveaux utilisateurs et leur permettre de cartographier précisément le territoire sur un fond de carte libre.

Carte Ouverte Illustrée.jpg

La « Carte Ouverte » est donc une carte en ligne thématique, ouverte à tous et offrant un service d’information sur toutes les initiatives écologiques remplaçant de fait une partie du travail que pourrait avoir à faire la métropole rennaise. Sur la partie technique, l’association a préféré mettre au point son propre logiciel « Editeur » de cartes personnalisées adaptée à son besoin de construction participative et associative.

Fonctionnement OpenStreetMap

Le fonctionnement technique simplifié d’OpenStreetMap correspond à ce schéma :

Fichier 1

 

Les changements apportés sur les nombreux fonds de carte par les différentes communautés sont tous vérifiés et validés grâce à toute une série d’outils spécifiques à différents domaines analysant la cohérence globale des données. Nous pouvons notamment citer :

  • Osmose (Open Street Map Oversight Search Engine) permet de faire des analyses de données, cherche les tags abandonnés…
  • Keep Right ! : Liste les erreurs de cohérence des données

Attention : Certaines cartes risquent de comporter des erreurs, notamment à la suite de travaux routiers, changement de signalisations, etc. … pouvant rendre obsolètes certaines cartes.

Des cartes éphémères

L’autre avantage de ce système de cartes en open source, reposant sur des données open data (ou données de « Bien Commun ») est qu’il est prévu pour être accessible même pour des personnes n’ayant pas de formation spécifique et qu’avec un peu de connaissance, il est tout à fait possible de créer des cartes rapidement et spécifiques pour certains évènements comme l’organisation d’un festival. L’autre avantage des éditeurs de données est qu’ils permettent souvent aux contributeurs d’ajouter eux-mêmes leurs propres icônes permettant ainsi de donner à la fois une grande liberté d’action aux créateurs des « surcouches de cartes » ainsi que des informations pertinentes aux usagers de celles-ci.

OSM Lagny (094).pngFigure 1 Village Alternatiba de Lagny sur Marne (094)

Utilisation des cartes comme moyen de data-visualisation

Les systèmes de cartes en open data permettent également un usage simple et rapide pour permettre de visualiser des données et de rendre interactif cet usage. C’est ainsi que des journaux tels le télégramme arrive à illustrer une donnée compliquée de manière simple sur des sujets aussi compliqués que les subventions accordées en Bretagne, avec mise à disposition des tableurs permettant la création de cette carte.

Subventions bretagnes.pngFigure 2 http://bit.ly/2x5X8Xk

Cartes avec accès aux flux de données 

Transports Rennes développée par Yan Bonnel

À Rennes, l’application « Transports Rennes » développée par Yan Bonnel utilise à la fois des fonds de cartes propriétaire comme ceux de Google Maps et une surcouche d’informations permettant de trouver les stations de vélos en libre-service près de soi ou dans la ville, avec le nombre de vélos utilisés, ceux disponibles et quels sont les stations acceptant un moyen de paiement. Cette application et toutes celles qui le désirent obtiennent en temps réel ces informations grâce à l’ouverture via une API à un flux de données en continu depuis les serveurs de hébergeant ces informations à ceux de l’application. Cette logique est continue avec l’ensemble du réseau de transport rennais, c’est à dire les bus et train avec leurs horaires sans oublier les places de parking mis en autopartage. Cette fois-ci bien que la carte soit propriétaire, l’application ne pourrait pas fonctionner sans le flux de données en accès libre donnant la position de charge transport en commun pour faciliter la vie de chacun.